The cult of fun has spread like some disgusting haemorrhagic disease

Accueil > Les Dossiers > Call of Duty 4

jeudi 24 janvier 2008

Call of Duty 4 - Arrêt sur Images

Ou l’on tente de percer le COD

On entend ici et là (surtout là) parler d’une convergence entre le monde du jeu vidéo et celui du cinéma. Call of Duty 4 apparaît comme un véritable tournant dans l’histoire du jeu vidéo, comme l’émergence d’un genre de jeu véritablement nouveau et qui, enfin, rend la frontière entre les deux univers très mince.

GIF - 15.2 ko

Le jeu commence sur une scène particulièrement révélatrice du type d’idéologie véhiculé par le titre d’Activision. Cette introduction nous place dans la peau du président Al-fulani lors du coup d’État qui frappe son pays imaginaire (imaginaire selon Activision). Je vous propose de la visionner ci-dessous.

La séquence débute par une vue de haut de la région avec de multiples zooms et recadrages de l’image, le tout très dynamique et porté par la musique d’Harry-Gregson Williams. Mais il ne s’agit pas d’une simple vue aérienne, ce que l’on voit est aussi et surtout le produit d’une technologie militaire de surveillance, et une technologie de pointe (les fameux satellites de surveillance). Ici, on nous montre les services d’espionnage en action. Lors de cette séquence, il suffit de voir quelque chose (comme le président Al-Fulani) pour savoir de ce dont il s’agit, le nom du président s’affichant l’identifiant formellement. On voit tout de suite, ce qui sera dit, et répété, tout au long du jeu : les méthodes d’espionnages, le renseignement sont efficaces, précises, et comme voir c’est connaitre, il faut voir. On observe ce coup d’État un peu comme les scientifiques les animaux de laboratoire.
On va même beaucoup plus loin, la caméra est ici utilisée pour montrer ce qui est, la technologie permet de connaître la réalité même des choses, la caméra va, tout au long de la séquence, affiner son analyse, allant toujours plus près, descendant toujours profondément, jusqu’à nous montrer l’unité constitutive de ces êtres virtuels : le polygone.
On est ici dans une mise en scène qui fait beaucoup penser au cinéma. On est loin des images un peu maladroite, très fixe des premiers jeux vidéo. Les plans, le montage et la musique nous ferait presque croire qu’on se trouve devant une superproduction type d’Hollywood, et pour cause, ces images nous les avons déjà vues sur grand écran, dans un contexte certes légèrement différent, mais nous les avons déjà vues.
En utilisant les mêmes images pour dire deux choses totalement différentes, Call of Duty perd son spectateur/joueur en brouillant les pistes.

Pour voir comment Call of Duty brouille les pistes, il faut regarder une autre séquence.

On retrouve, ici, le même type de séquence. Les images de cette séquence d’Ennemi d’état rappellent fortement celles du titre d’Activision. Il n’y a pas que le visuel d’ailleurs, la bande sonore étant confiée aux soins du même compositeur, Harry Gregson-Williams, à qui l’on doit déjà la composition des musiques de Metal Gear Solid 2 : Sons of Liberty.
On retrouve donc les vues par satellite, les multiples recadrages, et les voix radio. La proximité est troublante, on pourrait presque crier au plagiat.

On voit très bien que le jeu cherche à emprunter un mode de représentation proche du cinéma, et cela, afin de faire progresser la narration de manière dynamique. Dans ce but, les auteurs du jeu n’ont pas fait de mauvais choix, Tony Scott étant connu pour ses montages plutôt musclés. Ainsi, le jeu reprend les codes du cinéma afin d’apporter un peu de dynamisme et de « maturité ». Lorsque l’on emploie un code, il est bon de noter que c’est pour dire quelque chose de précis, et qu’en employant à nouveau le même code, on veut dire la même chose, sinon on perd son destinataire. Et c’est ce que fait très bien le titre d’Activision.

Même visuel, même forme, même contenu ? Pas tout à fait peut-être...

Si l’on retrouve la plupart des éléments visuels et sonores, que ces choses-là nous paraissent familières, c’est donc une chose tout à fait normale. Nous les avons déjà vu. Il est frappant de constater que c’est aussi un peu ça la radicale nouveauté que l’on trouve dans Call of Duty.
Alors que Jeuxvideo.com dans son test est soulagé que le titre d’Activision sorte du contexte de la Seconde Guerre mondiale et que le très bon Gamekult.com trouve « dramatique et tout aussi mature » un scénario mettant en scène des « terroristes arabes et des mercenaires russes », on peut se demander si les critères d’évaluation sont les même pour tous. Précisons toutefois qu’on pourrait presque sentir de l’ironie dans l’article de Gamekult.com . Mais, en fin de compte, le jeu écope d’une très jolie note (8/10) et s’il y avait des critiques à faire, il aurait peut-être fallu les faire explicitement.

Parce que Call of Duty emploi certes les codes et la mise en scène de références telles que Ennemi d’État, ou la Chute du Faucon Noir, mais les quelques détails divergeant laissent à penser que l’intention n’est pas la même.
Si la technique et les méthodes de surveillance sont dénoncées dans le film de Tony Scott, il n’en va pas de même dans COD4. Les mesures de surveillance, au travers des dispositifs techniques, disent le vrai, elles affirment le point de vue de ses utilisateurs, il n’y a de place pour aucune alternative. Pire, là où dans le film, le personnage de Will Smith se libère petit à petit (et le spectateur avec lui) le jeu nous force (vue subjective à l’appui) à accepter de telles mesures de surveillance. La technique, la surveillance serait ici le signe des pays libres.

Une convergence d’effets

Ou plutôt une convergence sur la forme, et pas sur le fond. Le jeu vidéo converge avec le cinéma pour nous apporter une expérience visuellement proche, avec une tendance à produire un toujours plus prenant effet de réalité, et on y insère un propos radicalement différent, idéologiquement opposé. On copie la forme, pas le fond. Alors que nous assistons, dans une certaine mesure, à un retour d’un cinéma « américain » politique et (auto)critique, le jeu vidéo lui serait apolitique, ainsi : « COD4 peut être gênant pour les plus politisés des joueurs » pour Rahan de Gameblog). Cette affirmation permet au jeu vidéo de baigner dans l’idéologie dominante en toute quiétude (voir a ce propos l’articles de Tonton sur la fabrique du conformisme dans le jeu vidéo et plus largement notre dossier sur le sujet). Si le cinéma peut être dit mature, c’est peut-être aussi parce que lorsqu’on regarde un film, on nous a appris à ne pas faire taire notre sens critique. L’école, un peu naïvement parfois, nous enseigne le sens des images, le poids des mots, qu’il y a ce fameux message du film. Étrangement, une fois arrivé dans le monde du jeu vidéo, tout cela disparait. Peut être est-ce un peu de notre faute, nous qui décidons sciemment de nous dépouiller de la réflexion que mérite une œuvre, en tout cas, il ne faut pas compter sur les éditeurs pour nous servir une meilleure soupe tant que l’on plébiscitera ce type de contenu.

Alors, le jeu vidéo, contrairement à l’accueil qu’a reçu Call of Duty est-il finalement un média qui cherche encore une forme de maturité, ou est-il définitivement ,par nature nous dirons certains, un divertissement, et un bête divertissement ?


11-05-08 : Cet article de Laurent Tremel, un sociologue qui se penche un peu sur la question du jeu vidéo, met en avant une conclusion quelque peut similaire : « Nous pensons donc que les jeux vidéo doivent être appréhendés, dans une perspective scolaire, au regard de l’éducation à l’image : un peu comme il apparaît aujourd’hui nécessaire qu’un jeune puisse « décrypter » une œuvre littéraire, une bande dessinée, un film, une émission de télévision ou une publicité, il semble fondamental que les « jeux vidéo » fassent en classe l’objet d’un traitement analogue, passant par des actions de formation spécifiques auprès des enseignants, et la constitution de corpus de référence. »

De plus, il pointe dans son article comment les jeux vidéo réputés "culturel" peuvent agir comme de véritables chevaux de Troie idéologiques, intégrants le milieu de l’école justement en se présentants comme "pédagogiques", "culturels" et "sérieux".

Messages

  • Moi je pense que COD4 a un très mauvais scénario je me me demande pourquoi c’est les russes et les arabes qui sont les méchants et pour les développeurs n’ont pas inclue une compagne avec des forces armées arabes par exemple celle de l’Arabie saoudite pour défendre les terres arabes mais d’autres jeux on su résoudre se problème en laissons au joueur le choix d’un des cotè du jeux comme le fait la série des BF et C&C....
    D’un autre coté je me demande pourquoi ce jeu a ressue un tel accueil des joueurs car pour moi il ne le mérite pas puisque c’est un jeu ultra linéaire avec des graphismes pas au top surtout pour les arrière plans et HALO3 l’explose dans tout ces points graphismes effets et plus d’avoir un scénario fictif qui ne blessera personne et la quelques site comme JV.com ne sont pas du tout a hauteur de ces homologues américain car donné un 17 a un jeu comme COD4 alors que d’autres qui sont largement mieux prennent des notes pour le moins catastrophique.


    • Je pense que l’on peut trouver la réponse dans ta question :

      les Russes et les Arabes [...] sont les méchants

      Je pense que la véritable question est : comment, alors que ce jeu ne permet aucun doute quant à son discours, a-t-il pu faire oublier cela est être sanctionner comme un grand jeu ?

      Un premier élément de réponse tient au média lui-même, ce n’est pas moi qui le dit mais Erwan Cario (un des rédacteurs jeu vidéo de Libération) lors d’un chat sur le site de Libération :

      Je pense que la différence vient de la nature même de COD4 : c’est un jeu.

      http://www.ecrans.fr/Il-y-a-quand-meme-de-bonnes,3075.html

      Il semblerait, et c’est ce que je pointe dans l’article, que face à un jeu vidéo nous nous dépossédons de notre sens critique. Peut-être que nous nous disons : ce n’est qu’un jeu, inutile de réfléchir. Je crois que nous sommes là face à une dialectique un peu facile opposant le « fun » et la « critique ». Un peu comme si s’amuser imposait de révoquer toute forme de réflexion, l’un excluant l’autre. De fait, on ne peut se permettre de dire face à COD4 que celui-ci n’est qu’une vaste opération de justification d’une politique impérialiste et interventionniste. Quelle énergie dépensée pour confondre un point de vue particulier avec un discours de vérité !

      Parce que, il faut le dire, Call of Duty est efficace. Le gameplay est précis, la mise en scène d’envergure hollywoodienne et la réalisation intègre tout ce qui se fait de mieux aujourd’hui ( son 5.1 et effets graphiques certes en dessous d’un Crysis, mais tout de même de bonnes factures).

      On le voit Call of Duty est un véritable problème, une réalisation impeccable qui recouvre un scénario véhiculant une idéologie douteuse, les joueurs et les professionnels du jeu vidéo n’en demandaient pas tant. On le voit dans la presse et dans les commentaires le jeu est plutôt bien accueillit.
      Mais dans ce cas là, n’y avait-il pas moins à gagner, quelques heures de "fun", qu’à perdre, en participant un peu plus à la marche du monde tel qu’il se donne aujourd’hui ?

      En revanche, je ne suis pas tout à fait d’accord pour dire qu’une fiction aurait été plus innocente. D’ailleurs, les créateurs de Call of Duty, lors des conférences de presse, ont présenté le jeu comme une fiction. Si tu prends le film Invasion Los Angeles (They Live) de J. Carpenter, il opte pour un univers fictif (les extraterrestres dominent le monde), mais il permet un deuxième niveau de lecture dénonçant la prise du pouvoir par les sociétés publicitaires et le marketing. J’aurais préféré citer un jeu vidéo, mais je dois moi aussi être victime d’une démission de mon sens critique face aux jeux vidéo :)


Un message, un commentaire ?

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Ajouter un document