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mardi 29 avril 2008

Jeu vidéo et Mathesis universalis

Crysis ou le déterminisme cosmologique au service de la liberté.

ou comment le jeu-vidéo, grâce à l’avènement et au développement du moteur physique, parvient de manière inattendue à valider des hypothèses métaphysiques et cosmologiques vieilles de trois siècles !

On peut bien se demander au premier abord quel peut bien être le lien entre un concept aussi ancien qu’obscur que celui de Mathesis universalis d’une part, et celui de jeu vidéo d’autre part. Afin de rendre ce lien un tant soit peu explicite, exposons brièvement l’origine du concept.

En effet le concept de Mathesis universalis fut forgé au XVIIe siècle par Descartes dont l’optique était de fonder une science universelle. Cette science avait pour objet de rendre toutes choses commensurables à un seul paradigme, c’est-à-dire rendre raison et expliquer la nature (ainsi que tous les phénomènes qui en dépendent) à partir d’une grille d’explication unique:le modèle logico-mathématique. La grille de lecture privilégiée par les savants et philosophes du siècle classique consistait essentiellement à appliquer le mécanisme physique cartésien afin d’expliciter les phénomènes naturels. Cette vision de l’explication scientifique se concrétisait dans la tentative de réduire toute occurrence (apparition) d’un évènement à la résultante ultime de liens de causes à effets parfaitement intelligibles (sinon en fait du moins en droit) pour l’esprit humain.

Le point culminant de cette tentative fut l’œuvre de Leibniz. En effet, pour ce philosophe , éminent logicien et mathématicien, notre monde devait être considéré comme « le meilleur des mondes possibles ». Il devait être perçu comme tel non pas parce que celui-ci serait parfait (nous ne vivons certes pas dans un monde féérique), mais parce qu’il présenterait la combinaison optimale entre le bien et le mal. Cette combinaison optimale serait le produit d’un calcul divin opéré à la manière des mathématiciens par application de la logique binaire (dont Leibniz est un des principaux inventeurs) , logique binaire en usage de nos jours dans la création des programmes informatiques.

Le principe de « l’harmonie préétablie » se présente comme une complexification du principe de la Mathèsis universalis. En effet, toutes les combinaisons possibles sont prédéterminées par le logiciel divin grâce à ce que Leibniz nomme le « principe de raison suffisante », celui-ci stipulant que toute chose existe pour une raison déterminée au sein du grand tout qu’est l’univers. Chaque chose à une place, dans le monde, attribuée en fonction de l’utilité de l’ensemble, c’est-à-dire dans le but d’assurer la meilleure harmonie possible entre les contraires. On nous objectera ici que si tout est toujours déjà pré calculé il n’y plus de place à la liberté des individus. Plus d’imprévus, plus d’évènements, plus de choix bref, dans le cas du jeu vidéo, aucune possibilité d’interaction et même de jeu.

En réalité, si l’on n’y regarde de plus près, il n’y pas contradiction entre un monde où tout est pré calculé et la liberté des joueurs. En effet de nos jours le programmeur utilise le calcul binaire et la puissance de calcul du pc afin de créer un monde vidéoludique le plus crédible possible. Dans les univers crées par ces programmeurs, les moteurs et les cartes graphiques sont utilisés afin de générer des mondes où les lois de la physique sont reproduites le plus fidèlement possible. Les lois de la physique ayant une présence de plus en plus forte les joueurs se voient donc offrir un panel de possibilités beaucoup plus étendu. Ainsi, dans un jeu comme Crysis le joueur peut interagir grandement avec les éléments du décor et même engendrer des évènements imprévus.

Dans cette vidéo, on voit clairement quel usage est fait de la puissance de calcul de la machine. En effet, s’il est possible pour le joueur de mettre en scène ce genre de séquence où le jeu est détourné de son usage premier (ici, dans le cas de halo 3, un jeu de shoot) et que l’on puisse transformer celui-ci en jeu de domino, c’est que le moteur physique rend parfaitement compte des lois du mouvement et qu’ainsi les possibilités de s’approprier le jeu de manière originale se voient fortement accentuées.

En d’autres termes, plus la puissance de calcul des machines augmente plus le champ des possibles s’agrandit pour les programmeurs et les joueurs. Les programmeurs deviennent semblables au Dieu de Leibniz dans la mesure où ceux-ci créraient un monde crédible dans lequel les protagonistes sont de plus en plus libres, et où il peut se produire de l’inattendue. L’inattendue c’est précisément ce qui ne saurait être prévu, c’est le hasard pur avec lequel il faut compter. Or cet imprévu n’est devenu possible dans le jeu vidéo qu’une fois atteint le seuil technologique suffisant permettant la génération d’univers complexes (grâce à la puissance de calcul des PC). C’est la reproduction fidèle des lois physiques qui permet qu’il puisse se passer quelque chose comme un évènement inattendu (qui n’est que le résultat du croisement de deux chaines causales indépendantes et qui produisent alors un évènement). En d’autres termes plus les lois de la nature sont fidèlement reproduites, plus le monde vidéoludique parait crédible.

par Karl

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