The cult of fun has spread like some disgusting haemorrhagic disease

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samedi 10 mai 2008

Le Grand Journal - Moulin à vent ?

Ce qui s’est passé le 28 avril sur Canal+

L’affaire (re)commence avec l’émission de canal+ : Le Grand Journal du 28 avril. En effet, M. Denisot et son équipe invitent Serge Tisseron ainsi que l’animateur d’une émission consacrée au sujet sur NoLife TV, Davy Mourier afin de les questionner sur la dangerosité du jeu vidéo à l’occasion de la sortie de GTA IV.

Remarquez l’attitude de M. Mourier qui a l’air visiblement pris de court, qui ne comprend pas bien ce qui se joue autour de lui, c’est-à-dire la tentative de fabrication d’un consensus. Si il a l’air absent c’est pour une raison toute simple, il l’est ! La console est en rade et on lui demande de lancer l’accusé (le jeu).
Ce consensus, c’est celui qui consiste,dans un premier temps, à dire : « c’est violent, c’est dangereux, c’est une drogue, quand même, c’est interactif ». Jusqu’à un sublime éloge de la passivité par une des participantes. À cela s’ajoutent bon nombre de tautologies du type : « quand on s’implique, on est moins passif que quand on est passif. Donc, on est impliqué. »

Les impressions, et l’explication de "l’absence " de M. Mourier par lui-même : ici

Reste l’orientation des questions de Denisot et consorts : « alors, c’est amoral ? », « on tue, on braque ». Cette orientation, c’est toujours en direction de ce même consensus : "nous sommes d’accord n’est-ce pas monsieur, c’est scientifiquement prouvé que ce jeu est violent ?"
Ce à quoi (premier couac) l’expert-scientifique répond qu’il s’agit d’un problème plus général du paysage audiovisuel et que rien ne prouve que l’interactivité à une influence sur le comportement. Ici, on peut admirer Ariane Massenet qui lorsqu’on lui dit que le problème est général s’entête (non ! c’est le jeu le problème !), et qui, dans une question de sophiste, confond la cause et l’effet : « S’il est interdit au moins de 18, c’est qu’il y a une raison ». Ce qui est faux ! Le jeu n’est pas interdit (au contraire de la consommation de drogue), il est déconseillé au moins de 18 ans (voir le site PEGI).

Histoire d’amalgamer encore un peu le propos, le « jeune » Mourier est qualifié par le présentateur de drogué, ce qui dans un autre contexte serait anodin, prend ici un sens tout particulier. On juxtapose deux choses sans qu’il n’y ait aucun rapport immédiat entre elles, la drogue, le jeu vidéo ; un « drogué » au sens imagé, un jeu vidéo, et soudain naît la liaison, l’addiction qui forcément, comme chacun sait mène à la violence. Et au passage on discrédite d’entrée tout ce qu’il pourrait dire pour contrer la thèse officielle de l’équipe.

Drogue, violence extrême, il y a dès lors tout pour inquiéter, pour sombrer dans l’irrationalité la plus complète. Ce qui ne rate pas ! Ainsi vers la fin du passage, pour Laura, aucun doute vis-à-vis de ce qui vient d’être dit, c’est bien l’interactivité qui est responsable : « quelque part (mais où ?) c’est plus dangereux ». Ce que l’équipe sur le plateau ne manque pas de saisir au bond, avec un Apathie premier sur le coup : « N’y a-t-il pas une facilité du passage à l’acte ? » pour le psy, oui, bien sûr et cela comme avec n’importe quelle production audiovisuelle violente. Tentative désespérée de Serge Tisseron pour ouvrir le débat, réplique de Massenet qui ne veut pas comprendre : « Oui, mais là on est acteur », c’est quand même pire ? Allez, monsieur le psy, dites-le que c’est pire, on s’en fout des études ! De toute façon si elles ne vont pas dans notre sens on n’en parlera pas de tes études, et toi, et ben tu seras plus l’invité de nos émissions surculturelles !
Et Tisseron bien embêté, d’essayer encore une fois un « rien n’est prouvé en ce qui concerne l’interactivité... » il ne sera jamais entendu, on est déjà en train de contempler le monstre, qui veut bien (enfin) se montrer.

Le site Gameblog.fr (encore lui) réplique aussi sec : par une lettre ouverte dénonçant l’entreprise.

À quoi assiste-t-on sur le plateau du Grand Journal ? À la rencontre plutôt brusque entre le monde un peu vertical des anciens médias, télévisions, cinéma, et celui de l’interactivité (puisque c’est elle l’accusé). L’interactivité permet donc à Michel et les siens, les gens de télévision de couper le monde en deux, il y a ce qui est passif, la télévision, le cinéma (eux quoi) qui, certes est violent, mais c’est pas pareil, on est passif. Et de l’autre, le monde de l’interactivité, de la violence jouée qui devient violence actée, et l’on voit aussi derrière cela l’Internet qui pointe, royaume de l’interactivité et qui devrait donc être au premier rang des accusés. C’est autour de cela qu’on cherche le consensus.
Cette distinction, cette frontière recoupe étrangement celle d’intérêts financiers énormes. GTA IV, avant même sa sortie, faisait peur, non pas aux familles, mais au cinéma (http://www.liberation.fr/actualite/ecrans/321637.FR.php) et on imagine que ces gens de télévision redoutent un peu que l’on ne les regarde plus et qu’on reste devant nos ordinateurs, ou nos consoles. Ce qu’il est, soit dit en passant, urgent de faire.

Enfin, une remarque sur la composition du plateau.
On aurait été en droit de penser que le but n’était pas de diaboliser le jeu vidéo : la preuve en est que les deux invitées tiennent plutôt un discours désavouant la thèse selon laquelle le jeu vidéo serait particulièrement motivant pour devenir un jeune dangereux. Problème : deux avocats de la défense, c’est embêtant pour condamner quelqu’un. Ils auraient pu inviter un membre de Famille de France, une sorte de procureur, là y’aurait eu de la polémique ! Peut-être du sang !Solution : c’est toute l’équipe du Grand Journal, qui ne joue certainement pas, à déjà pris fait et cause pour la passivité, pour l’apathie (pardon). Un coup qu’ils avaient déjà fait à Jean François Kahn et qu’@SI avait bien vu à l’époque. Ou comment le dispositif de la télévision se met contre le jeu vidéo.

Et pourtant...

Pourtant, la séquence vidéo qu’ils ont devant les yeux, et qu’ils tentent de montrer comme preuve du délit, cette séquence donc, la réalité du jeu leur répond. Karl, ici montrait qu’un jeu vidéo était un monde à part, régi par ces propres lois et règles. Donc non ! Le joueur n’est pas cet être tout puissant, agissant dans un monde qui n’obéirait qu’à lui et le pauvre Davy, certainement de façon involontaire, est mis en échec par le jeu. Le « citoyen virtuel » défend son bien et met en échec la conquête du monde par la violence et la pornographie (si !si !). Si j’essaie de voler une bagnole, je risque de me prendre des coups, sans doute la meilleure réponse que l’on pouvait faire aux « passifs ». Je ne fais pas ce que je veux, entre ce que je veux et ce que je peux, il y a ... du jeu. Mais ils n’écoutent pas, ne regarde pas, il ne voient que le Crime ... pourtant avorté.

Un exercice critique donc, affligeant de pauvreté. Mais peut-on vraiment en vouloir à Michel Denisot ? Ne nous avait-il pas prévenu un peu plus tôt en présentant la séquence ainsi : « GTA devrait devenir le produit culturel, ou sous-culturel le plus vendu dans le monde ». Nous nous sommes bien compris, semble-t-il vouloir dire, il ne s’agit pas de culture, qui est elle à la télévision, au cinéma, mais de sous-culture, comprenez le jeu vidéo et l’Internet.

La suite...

Le mouvement, amorcé dans le Grand Journal est poursuivi sur LCI avec la mise en place d’un sondage dont la formulation ne laisse que peut de choix au sondé : « Pensez-vous que les jeux vidéo ont une mauvaise influence sur les ados ? »
Ce sondage semble avoir fait régir la communauté des joueurs, et plusieurs sites (Gameblog.fr, Gamekult.com et Jeuxvideo.com) ont fait appel à leurs lecteurs pour renverser la vapeur, voir ici.

On a donc une presse spécialisée, qu’on pourrait soupçonner de corporatisme (surtout qu’elle vit sur les seules publicités payées par les éditeurs) qui entame un véritable mouvement de dénonciation de la presse dite généraliste. La levée de boucliers-spécialisés qu’a lancée le Grand Journal ne serait-elle pas symptomatique de cette bataille symbolique ? Lorsque la presse spécialisée parle de : « l’ensemble de la presse généraliste » stigmatisant GTA IV, ici, ne combattrait-elle pas des moulins ?

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20Minutes interroge des chercheurs sur les jeux

On peut se le demander à la vue de la Une de Libération, de l’article du Monde, mais aussi celui de 20Minutes.fr qui proposent un regard complètement opposé à celui justement dénoncé par les sites de jeu vidéo.
Reste à savoir, si cette presse qui se met à défendre ses intérêts partout où ils sont menacés manifeste autre chose qu’un réflexe corporatiste ? Ne faudrait-il pas pour cela qu’elle s’interroge sur les relations qu’elle entretient avec les éditeurs par le biais de la publicité ?

Un profit immédiat et trop évident ?

Presse spécialisée et traditionnelle en reste à des positions qui se résument plus

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Le Monde.fr
L’ouverture du marché du jeu vidéo

ou moins à défendre leur gagne-pain. Mais le profit symbolique qu’elles tirent de leur position respective est trop évident. En restant à une stigmatisation du jeu vidéo, de l’interactivité, la télévision nous dit quels sont les lieux d’une Grande Culture, saine, sans danger. Elle tente également de faire passer sa position comme naturelle, celle par défaut. Pour essayer de résister à la pénétration du jeu vidéo et de l’Internet dans les foyers, dans tous les foyers, comme le montre cet article du Monde.

En revanche, la presse du jeu vidéo, se lance, elle, dans une défense quelque peu étrange. Affirmant la responsabilité parentale, elle tente du même coup de nier la sienne et celle du média qui la fait vivre. Elle se décharge de la nécessité d’effectuer un véritable travail critique sur le média dont elle se présente comme spécialiste et représentant légitime. Le drame de cette affaire, c’est que si personne ne se saisit de la question, si les acteurs « publics » continuent de se renvoyer la balle en conservant des positions toutes corporatistes et stériles, on risque bien de voir un troisième larron se joindre à l’affaire, un peu comme dans les fables : le législateur idiot.

Secret place

Rappelons enfin que la vidéo utilisé pour illustrer les conséquences du jeu vidéo est plus que douteuse, elle n’est pas sourcée, rien. Encore une fois, le seul argument de la télé est de juxtaposer des comportements "déviant" avec le jeu vidéo. Il semblerait même qu’elle soit tout simplement fausse.


Le site Arrêt sur images consacre un article au sujet, depuis peu. On y trouve des extraits d’un reportage bidon de France 2 et le bricolage d’un autre de LCI. Dan Israel insiste notamment sur la différence de traitement entre les journaux papiers et la télévision. Gageons que la télévision est seulement plus lente à réagir...

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