The cult of fun has spread like some disgusting haemorrhagic disease

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samedi 21 juin 2008

Nous ne sommes pas que des joueurs !

Retour sur une mutilation ludique

Le 27 juillet 2013 : cet édito date de cinq ans. Inutile de dire que les recherches, la fréquentation du milieu de plus ou moins loin pendant ce temps à profondément modifier l’opinion que je présente ici. Ceci est sans doute vrai pour les trois auteurs, mais particulièrement ici ou ce qui est présenté, sans être tout à fait naïf, ignore quand même pour une grande part la nature industrielle et financière du jeu vidéo. Pourtant, à l’époque, certains travaux - dont ceux de Tony Fortin - nous avaient alerté sur ce sujet. Et s’il a fallu du temps pour les intégrer, ce n’est que la faute de ma lenteur d’esprit.

Le jeu en général est toujours saisi pour lui-même dans nos sociétés du panludisme. En effet, tout doit être ludique, fun. C’est même une marque de qualité. Un jeu vidéo doit être d’abord fun ! Et ensuite ? Et bien, pour certains, c’est un peu tout. Le fun est suffisant. Ce qui peut conduire à racheter toujours le même objet puisqu’il est fun. C’est pourtant une évidence, lorsqu’on joue, et bien, on ne fait que ça : jouer. Difficile de ne pas être d’accord.
Mais la réduction du jeu vidéo au fun (notons qu’on ne sait toujours pas ce que c’est que le fun) comporte un danger : celui de donner raison aux détracteurs du jeu qui ne voit dans celui-ci qu’un moyen de jouir de tout, tout le temps. C’est à dire la réduction du jeu vidéo à un bien de consommation.

Jouir d’abord.

C’est vrai, la plupart des jeux vidéo s’inscrivent tout d’abord dans une logique du fun, du ludisme facile et immédiat. C’est même la caractéristique première des jeux désignés sous le terme de « casual gaming ». On est devant un jeu très simple à prendre en main, dont les règles ne sont pas très complexes et qui pourtant délivre sa dose de plaisir. Et c’est avant tout ce que l’on vient chercher dans un jeu vidéo, cette immédiateté du plaisir, ce bien être sans délais. On paie à notre marchand de jeux vidéo pour un bien ludique. Oui, quand on joue, on consomme. Au moins un peu.
Mais l’on trouve des jeux qui ne s’arrêtent pas là. Qui ne se contente pas du fun. Qui contiennent un plus.

Shenmue, les p’tits boulots, Ryo l’adolescent.

Qui n’a pas entendu parler de Shenmue ? C’est un jeu un peu à part qui tranche radicalement avec l’esprit « casual gaming ». Il est pratiquement aussi connu de ceux qui y n’y ont pas joué que de ceux qui y ont joué. Dans le titre de Yu Suzuki, on doit faire toute sorte de choses et même travailler. Si le travail est l’occasion d’un mini jeu, on éprouve dans Shenmue la même lassitude que dans le vrai travail (oui, je sais la plupart d’entre vous sont content de leur emploi et ne veulent surtout pas en changer – mais il y a des études qui semblent dire le contraire). Shenmue nous fait souvent ressentir que pour accomplir quelque chose, on ne peut pas toujours se situer dans l’immédiateté. Véritable apprentissage de ce qu’est le passage à l’âge adulte, Shenmue c’est l’expérience du plaisir différé, du compromis.
Tout comme les Baldur’s Gate, ou chaque choix de dialogue peut influencer le destin de nos aventuriers. Faire un choix implique nécessairement d’en sacrifier d’autres. Ainsi, recueillir tel ou tel personnage dans le groupe implique de ne pas pouvoir prendre tel autre. Mais encore le statut particulier de la mort dans ce jeu, ou parfois, le décès d’un personnage est irrémédiable, imposant au joueur de composer avec.

La constitution de la communauté : le dialogue, l’âge adulte.

Cette expérience particulière que seuls quelques jeux peuvent nous offrir est d’abord personnelle. Le jeu, la plupart du temps, le bon jeu, on le garde chez soi, on y joue presque en secret. On ne dit même pas qu’on l’a de peur qu’un ami nous demande de le prêter. Certains d’entre eux demandent même un cérémonial tout particulier : être seul chez soi et attendre la nuit pour un Silent Hill ou un Project Zero, ou se coller littéralement les enceintes sur les oreilles pour un Gran Turismo (Quoi ? Y’a que moi ?!). Bref, le jeu vidéo est d’abord une affaire personnelle.
Puis, quand on l’a terminé, ou que l’exclusivité que requièrent les premiers temps d’une relation est passée, on en parle, on cherche ceux qui y ont joué, on le conseille (geste de l’ami par excellence) quand on le trouve bon. Aujourd’hui, on va même sur des forums, on donne des trucs, on teste les règles, trouve des bugs (Baldur’s Gate et le miracle de la multiplication des gemmes). On en débat aussi ( chez nous pour Call Of Duty 4 par exemple) et enfin, on modifie le jeu, on s’en empare et on crée à son tour, pour les autres. Si le jeu vidéo est d’abord une affaire privée, il est en fin de compte un bien public.

Ceci n’est pas qu’un jeu

Enfin, il n’est pas nécessaire de consommer, d’acheter, de payer pour jouer au jeu vidéo (sans toutefois se mettre nécessairement dans l’illégalité). Il existe des créations libres et gratuitement mises à disposition par d’autres joueurs. Le jeu vidéo est un bien culturel, commun, qu’on le veille ou non, qu’il représente un progrès de la culture ou qu’il soit le symbole de la barbarisation (note référence). Lorsqu’on joue, on en vient forcément à en parler, et à créer.

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