The cult of fun has spread like some disgusting haemorrhagic disease

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mardi 1er décembre 2009

Sous pression, la presse plie

La chasse aux vilains petits canards est ouverte !

La Presse du jeu vidéo est en train de s’apercevoir de la réalité de sa condition de vassale de l’édition. Bien sûr, cela ne va pas sans quelques heurts. Voir un léger chaos dans les forums des magazines.

Voici donc, rapidement, ce qui nous a paru digne d’intérêt dans la vie de la presse vidéoludique française, et plus particulièrement sur internet ces derniers temps. Digne d’intérêt parce que, de notre point de vue, révélateur d’un état de confusion particulièrement grand chez les acteurs de ce domaine. Enfin, nous parlons de confusion parce qu’à la première dissonance dans cette harmonie bien établie, il nous semble que l’on se met un peu à tirer partout, et surtout dans son propre pied [1].

CanardPC révèle qu’EA aurait sommé les critiques de mettre une note excellente à DragonAge et que, si tel n’était pas le cas, il devrait différer la sortie de leur test. Comprendre : si tu veux publier à temps, il faut mettre un 8/10 ou 9/10 minimum à ce jeu, sinon tu prends le prochain train. Vous pouvez lire le fil du forum ici.
Un peu plus tard Jeuxvideo.fr s’en fait l’écho au travers de sa Warpzone n°27.
Gameblog.fr se fait tancer par ces lecteurs ici à propos de son contenu douteux, de news "racoleuses " mais surtout à cause de la publicité et du manque de visibilité de leur rapprochement avec Ankama. Vous pouvez lire ici la réponse de JulienC. Admirez le maître.
Computer Bild, un magazine allemand, loin d’être une obscure revue d’après CanardPC, relate une affaire du même genre avec Ubisoft cette fois-ci dans le rôle du méchant.

En réponse, Jeuxvideo.com, via Pixelpirate laisse entendre, ici, que l’affaire de CanardPC relève plus de la construction, voir du pur mensonge afin de relancer une activité en difficulté. Tout cela finirait donc sur fond de diffamation.

Erratum : dans la version originale de ce document, les propos de Pixelpirate, en plus de ne pas être sourcé, étaient attribué à Gamekult.com. Grâce à la vigilance d’un lecteur, je peux rétablir la vérité. J’en profite également pour présenter de plates excuses à l’équipe de Gamekult.com.

La crise comme origine de tout ?

1ère hypothèse : ce n’est que dans les situations de crise que le poids des structures se révèle insupportable pour les agents parce qu’elles exercent leur contrainte de manière plus directe et violente.

Kezako ? Cela veut tout simplement dire que dans le petit monde du jeu vidéo, l’harmonie établie qui règne en temps « normal » (lorsque le marché va, tout va !) se fissure, voir craque complètement en période de crise. Pris à la gorge, le copain-copain d’antan disparaît, et les éditeurs n’ont d’autres choix que d’exiger des journalistes qu’ils se comportent de la façon dont ils ont besoin. Nous passons alors d’un alignement naturel des intérêts à un alignement contraint et forcé, donc plus visible.

Et les boîtes comme EA ou UbiSoft, sont, d’après les dires mêmes de la presse, alliée objective, quelque peu aux abois [2]. Il y a là l’expression directe d’une pression qui s’exerce sur les journalistes. Et pour ces mêmes entreprises, en interne cette fois-ci, c’est le jeu de la pression actionariale qui s’exerce sur les individus, des conseils d’administration jusqu’au responsable des relations avec la presse, qui, à son tour, répercute cette pression sous forme de consignes, et/ou de chantages à la presse :

Cela est surtout vrai lorsqu’un fonds d’investissement rentre au capital de ces entreprises avec des exigences de rendement surréalistes et l’intention de se retirer 5 ans après en empochant la plus value. Du coup, qu’importe la qualité du produit, seule la rentabilité compte sur ces 5 années et qu’importent les dégâts sur l’image de marque à long terme puisque le fond se sera retiré entre temps. Attention, tous ne sont pas comme ça et la plupart sont mêmes "gentils" et indispensables à la pérennité d’une boite, mais hélas, il arrive trop souvent que ça dérape, et presque toujours pour la thune évidemment.

Casque Noir, CanardPC.com

« Montrer du doigt c’est s’assurer d’être au moins du bon côté du doigt ! »

Frédéric Lordon

Bien sûr, on pourra s’étonner, à la lecture de ce qui précède, que les révélations viennent du milieu même du journalisme. Si, comme nous l’avons mentionné les journalistes sont pris dans un jeu de contraintes les conduisant à « jouer le jeu », alors il ne fait pas partie des règles admises ici de dénoncer ces mêmes règles lorsqu’elles deviennent explicites. Ils auraient d’après notre hypothèse trop à perdre à désobéir.

Il y a pourtant un moyen assez simple de sortir de cette apparente contradiction. Il suffit de considérer cette même presse dans la situation de concurrence dans laquelle elle se trouve. Avec le besoin, en augmentation constante, de revenus publicitaires, qui implique, entre autres, une course toujours plus folle à l’audience, la presse se retrouve également dans une lutte où pour survivre, il lui faudra également se différencier de ces concurrents. Et pour cela il existe plusieurs moyens : fabriquer de toutes pièces un public en se différenciant via un slogan qui met en avant une différence qualitative type « le jeu vidéo pas comme ailleurs » cf. O.Boulon sur le forum de CanardPC, par exemple : « les lecteurs de CPC appartiennent pour l’immense majorité à cette [...] catégorie. [...] les gars minoritaires qui veulent un avis allant un peu plus loin que le bien pas bien » http://forum.canardpc.com/showpost.php?p=2660659&postcount=64-3, ou bien quantitative « ici tout le jeu vidéo et plus encore [3] », etc. Celle qui nous intéresse ici est celle qui consiste, lors d’une crise de confiance, à montrer du doigt. Et de désigner les moutons noirs (ou vilain petit canard) du groupe, prétendant par là même à l’assainissement de la profession. On comprend donc que ce ne sont pas les règles que dénoncent les petits copains, mais seulement les vilains petits copains, qui avant de se faire prendre, chantaient la même chanson que les autres.

Ainsi, pointer du doigt est l’équivalent d’un repositionnement stratégique, il s’agit avant tout de s’assurer d’une chose : la pérennité de sa propre activité, une anticipation du vent qui tourne. À dire vrai, si l’on était quelque peu soupçonneux, nous pourrions dire qu’il s’agit là d’une opération de blanchiment de la presse par la presse. Opération non consciente évidement, comme ne manqueront pas de le hurler à qui veut l’entendre la joyeuse bande des délateurs associés - il est entendu que les rédacteurs ne pensent pas à « laver » la profession en faisant cela - mais cette opération qui vise à manquer systématiquement les sujets qui permettraient de comprendre, et donc de modifier, le monde du jeu vidéo laisse tout de même fortement penser à une bande organisée.
En clair : les journalistes de jeu vidéo, plutôt que de cracher sur leurs collègues pris la main dans le sac plutôt que sur le pad, devraient les remercier ! Grâce à eux, grâce à ses « providentielles crapules » ils vont, eux, pouvoir repartir pour un tour sans que jamais ne soit posée la question de leur statut, de leur indépendance à eux, celle de leur propre champ.

Et cela provient simplement de ce que, comme à son habitude, la presse va trop vite, et tirant sur tout ce qui bouge (sûrement parce qu’ils jouent trop aux jeux vidéo) les journalistes intègres se dépêchent de dézinguer ceux qui ont été pris la main dans le sac.

Un problème d’individu ?

C’est précisément le tort de la réaction des professionnels, mais également des accusateurs côté lecteur, à notre avis. C’est bien de confondre les individus qui se livrent à de telles pratiques et bien sûr les conditions qui, plus que de les permettre, les provoquent. Il ne s’agit pas de dire qu’un tel ou un tel est un escroc de nature, que le mensonge et la duplicité lui son propre (cf. Voir l’argumentaire de Erwan Cario et Julien (Julien Chièze ?) en réponse aux articles de Tonton ici et alors : la critique est-elle forcément faite par les petits ? les aigris ? puisque le métier de critique est tellement jouissif.

Enfin, si ce n’est pas un problème d’individu, les comportements tels que ceux consistant à affirmer énergiquement sa volonté de ne pas se compromettre dans ce genre de situation sont aussi utiles qu’une danse de sioux pour faire tomber la pluie. Penser que la simple déclaration d’intention exprimée avec chaleur (et donc trompeuse parce qu’inclinant à la compassion) ferait que l’on peut transformer son être social en un autre, c’est revenir à un esprit archaïque, un esprit qui pense que les mots ont un pouvoir magique et qu’il suffit de prononcer les bons pour changer profondément les choses. C’est pourquoi, si l’on concède que le tempérament moral de la presse s’est altéré, il faut en modifier les structures sociales.

Des propositions aux professionnels des médias du jeu vidéo

, ou Interface sauve le monde l’univers (du jeu vidéo tout de même) !

Voici donc l’état des lieux et l’étendue du problème tel que nous le percevons. Chacun y étant allé de son petit discours aromatisé moraline de printemps, ou chanté l’éternelle ritournelle « moi on m’y prendra pas », voir, tel Nixon, juré les yeux dans les yeux, calmement, froidement, qu’ils n’ont jamais trempé dans ce genre de combine, on peut déjà faire le bilan d’une telle position. Oui. On peut donc dire que ça ne marchera pas ; qu’en l’état ces choses-là recommenceront dès qu’elles auront intérêt à recommencer. Et ça ne marchera pas parce que tout cela est une sottise, c’est tout simplement le produit de grands cinglés souhaitant qu’on les laisse tranquillement amasser leurs revenus publicitaires sans faire de vagues. Et si l’on continue à critiquer, ils crieront à la mort de la liberté de la presse, et traiteront les fâcheux de fasciste. La raison managériale élevée au rang d’impératif démocratique et la critique à celui de fascisme, voilà la véritable réussite de la presse.

Il nous apparaît toutefois que ces changements sont nécessaires aux vues des nuisances que provoque la presse de jeu vidéo, en permettant, et en validant la diffusion massive d’oeuvre tel que les Call Of Duty et les Prince Of Persia sans une once de critique. Critique qui pourrait s’amorcer très simplement, en commençant par préserver et affirmer les derniers reliquats de l’honnêteté intellectuelle.

Prolégomène pour ... bref, que faire pour aller vers une critique authentique ?

Voici ce qui pourrait constituer, selon nous, une bonne base de discussion pour une presse qui voudrait se constituer comme presse indépendante (les autres n’ont qu’à passer leur chemin et retourner faire un bon papier sur le prochain blockbuster) :

- la question de l’indépendance économique
Cette question est certainement la plus impérieuse au jour d’aujourd’hui. Avec les preuves accablantes [4] de la misérable condition de la presse vidéoludique (car enfin, se demander comment ces choses-là sont possibles devrait suffire à amorcer une volonté de réforme de la part même des journalistes) que constituent les révélations de CanardPc et de Bild (relayé encore par CanardPC) le mélange des genres est indubitable.

- Accepter la fin de l’âge d’or du copinage et laisser la question de l’éthique
Si on lit souvent que pour la critique c’était plus facile avant, c’est sans aucun doute parce qu’il y a du vrai la dedans. Même si l’on peut objecter que le discours que l’on tient sur sa propre activité ne vaut pas grand-chose, nous avons suffisamment de divergence avec la presse française pour pouvoir le lui concéder.
Toutefois, c’est précisément parce que les relations entre presse et éditeur se sont passablement complexifiées avec l’arrivée massive de fonds et les fusions acquisitions des divers acteurs, que ces rapports sont devenus plus violents, qu’ils ne peuvent plus être régulé par une simple éthique.

Un peu d’optimisme ?

Mais si ces évènements laissent perplexe quant à l’état actuel de santé morale du jeu vidéo, il n’est pas dit que l’on assiste pas à un autre évènement (au sens majeur cette fois-ci) qui pourrait être justement le retournement de la presse et l’émergence d’une critique un peu moins liée avec les industriels.
Car si l’on a montré que l’indépendance du journaliste est fortement surévaluée que les déclarations : "je ne suis pas sous pression et ne ressent aucune influence" peuvent être prise avec autant d’intérêt qu’un concerto d’urine pour violon, il ne faut toutefois pas sous-estimer la force que peut avoir cette perception de soi comme indépendant.

L’expression trop directe de ces contraintes peut être, pour la presse libre, mais également pour les joueurs tout simplement insupportables. Car, par la suite, les déclarations d’indépendance, et de liberté de choix deviennent impossibles à tenir, même en façade. Et ces déclarations, au centre de leur être de journaliste, ils doivent être près à tout pour les maintenir. Peut-être même à devenir pour le coup, un peu plus indépendant ?

par Eidolon


Le Gameblog.fr titre une de ses news Bioshock 2 : "des putains de sodomites partout" et le sous-titre de poser cette impérieuse question : les dévellopeurs sont-ils allé trop loin ?

Ce qui est sûr c’est que sur l’entrée d’Ankama dans le capital de Gameblog.fr, sur cet extrême mélange des genres, sur les liens entre éditeurs et critique, bref comme dirait JulienC : "Sur cette question, votre avis nous intéresse..." ... ou pas.

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Notes


[1A ce titre, la Warpzone 29 avec des extraits de Pierre Bourdieu sur la condition de la presse pourrait presque apparaître comme une balle en pleine tête, sorte de suicide critique, où le journaliste éthique retourne contre lui-même les armes de sa propre dévaluation

[2C’est restructuration à tous les étages avec 2600 personnes licenciées cette année

[3Ou l’on retrouvera les jeuxvideo.com, Gamespot.com, etc.

[4Ceux qui ont encore des doutes sur la réalité de ces "pressions" peuvent consulter le forum de Planetjeux.net ou l’on discute de tout ça dans la bonne humeur